La femme, l’avenir de l’élu

Mis à jour le 06/04/2018

En bord du contrefort du Massif central, l’exploitation de vaches laitières Co d’Arcis surplombe la plaine du Lauragais. Nadège GUIRAUD a choisi l’agriculture par ses études, l’élevage bovin avec son mariage, le mandat électif MSA à cause de son hyper sensibilité. Et ce n’est pas étonnant si elle est élue sur le canton de Castelnaudary Nord depuis 34 ans, elle a une préoccupation : « ne laisser personne sur le bord du chemin ».

 

« Une fois, j’ai aidé une personne avec de gros problèmes. Je l’ai accompagnée aux impôts car elle ne remplissait plus sa déclaration depuis 3 ans alors qu’elle n’était pas imposable. Les impôts lui ont même versé une prime pour l’emploi, autour de 600€. Le travailleur social MSA lui a obtenu la CMU. Mais elle n’avait pas de boîte aux lettres, elle n’a pas donné suite… C’est un gros regret à cause du temps perdu. Pas pour moi, je suis là pour ça. Mais pour le travailleur social qui aurait pu aider un autre adhérent. Nous sommes peut être passées à côté de quelqu’un d’autre qui avait elle aussi besoin de notre soutien.

Au moindre souci, nous appelons la MSA et il y a toujours une personne qui vous répond dans les 2 ou 3 jours, si ce n’est pas dans l’après midi. C’est tout de même énorme. Nous avons un soutien individuel. Au régime général, nous ne serions pas aidés ainsi.
 

« Nous sommes soumis au secret professionnel »

Un élu doit toujours être à l’écoute des autres. Mais les adhérents ne nous sollicitent pas assez. C’est ça aussi un agriculteur : il ne demande pas d’aide… Je crains qu’ils ne sachent pas que nous sommes soumis au secret professionnel. Ils ont peur que leurs soucis soient étalés sur la place publique ; alors que cela n’est jamais arrivé. Il faut que les adhérents sachent qui est leur élu et qu’ils peuvent leur parler en toute confidentialité. J’insiste là-dessus parce qu’il est dommage que des exploitants n’osent pas nous rencontrer. Quand nous apprenons la situation, et bien c’est trop tard !


 

« Notre exploitation et notre vie privée sont liées »

C’est important d’avoir des élus de proximité qui représentent le canton. Surtout avec le nouveau découpage cantonal. Si chacun connaît les exploitants de 2 ou 3 communes, je pense que nous ne laisserons personne sur le bord du chemin. Et pour moi, c’est cela l’important, ne laisser personne dans l’ennui, ni financier, ni social, ni de burn out,…. Notre exploitation et notre vie privée sont liées. Lors de problème, tout dégringole et plus vite qu’il y a 30 ans. Il est donc nécessaire de réagir et de faire réagir très vite les personnes.

Je veux qu’il y ait des élus un peu partout pour ne laisser personne de côté. Je voudrais des jeunes élus, du sang neuf qui fasse bouger un peu les choses. Parfois, certains pensent être élus pour faire la révolution. Mais nous ne changerons pas le pourcentage des cotisations de la MSA ! Ce n’est pas le rôle des élus. Ce serait trop facile ! Mais quelques voeux d’élus se transforment parfois en lois. La MSA peut nous aider dans beaucoup d’actions sur le terrain mais c’est à nous, les élus et surtout les présidents cantonaux, d’être demandeurs.
 

« Je me suis toujours battue»

Les élues femmes, sont plus impliquées au niveau social que les hommes. Nous avons un autre ressenti au niveau humain. Les hommes vont plutôt prêter du matériel que questionner s’il y a des soucis pour les enfants, ou au niveau des cotisations, si telle aide est demandée, … Il me semble qu’il y a plus de femmes élues à la MSA que dans d’autres instances agricoles.

A mon époque, les filles pouvaient devenir surtout secrétaires. Moi, je ne voulais pas travailler dans un bureau, je voulais être dehors et rencontrer des gens. J’étais déjà agricultrice, conjointe sur le papier mais à plein temps sur l’exploitation, lorsque mon beau père m’a demandé d’être élue MSA. Je crois qu’on retrouve la même problématique aujourd’hui : on recherchait des femmes, et jeunes.

Etre une femme n’est pas un atout en agriculture. Je me suis toujours battue. A l’époque il n’y avait que 10% de filles dans les lycées agricoles. Aux jeunes étudiantes qui viennent visiter la ferme, je leur dis qu’il faudra toujours se battre pour être reconnues autant que des hommes. Et il faudra se battre beaucoup plus. C’est peut être mieux qu’il y a 40 ans, mais il y a encore beaucoup de travail à faire. »