De l'amour vache au mandat

Mis à jour le 23/10/2018

Baptiste Clément exerce le « beau métier d'agriculteur et je ne changerai pour rien au monde ». A 38 ans, il élève des vaches allaitantes, des chevaux de trait et de sport. Auparavant, il est parti pour étudier, travailler, voyager mais c'est ici qu'il est forcément revenu. C'est ici qu'il a toujours voulu s'installer, dans cette ferme familiale « la Blanquerie » nichée sur le haut plateau de montagne de Cerdagne, à Osséja, où la ruralité reste vivante et résolument tenace. Rencontre avec un jeune éleveur, en phase avec les évolutions de son métier.

« Honnêtement, les premiers contacts avec la MSA ont été très conflictuels. En fait je contestais ma première facture de cotisations et nous nous sommes un peu bagarrés par lettres recommandées. Au final, une dame est venue me rencontrer chez mes parents mais nous nous sommes tout de même accrochés très fortement ! Je m'en souviens comme si c'était hier, c'était en 2006. Pendant quelque temps, les agents de la MSA n'étaient pas mes amis ... »

Dix ans plus tard, Baptiste Clément est toujours agriculteur, il règle toujours ses factures de cotisations (sans contester) et il devient un représentant de la MSA en acceptant le mandat de président cantonal de Saillagouse !


« Le rôle de l'élu, je l'ai vraiment appréhendé avec M. Delseny lorsque nous avons abordé les problèmes chez certains éleveurs de Cerdagne. Les élus sont là en tant que vigie. Si nous nous apercevons que certaines choses ne vont pas, nous devons prévenir nos correspondants MSA. Lorsque le centre équestre de Font Romeu a eu un gros souci, j'ai contacté la MSA et les problèmes se sont arrangés.
En cas de pépin, les personnes peuvent venir nous trouver. Mais nous n'avons pas un rôle de conseil, nous n'allons pas au devant des agriculteurs, c'est trop délicat. Surtout venant d'un collègue. Avec une personne extérieure, cela passera toujours mieux.
 
Les besoins dans notre canton
Les actions qu'il faudrait faire dans notre canton, c'est d'une part au niveau de l'entraide entre agriculteurs et d'autre part sur la sécurité des engins et la signalisation. Au lieu d'aider parfois sur des bricoles, la MSA devrait envisager une aide financière pour changer les sièges des vieux tracteurs par des sièges pneumatiques.
L'entraide, c'est important. Parfois je ne sais pas trop si nous sommes dans la légalité. Au sein d'une CUMA, nous sommes à peu près couverts en tant que coopérateurs de la même CUMA, mais après : avec les collègues éleveurs lors des campagnes d'ensilage ?
Il faut formaliser des choses pour que nous soyons couverts s'il y a un pépin. Par exemple, si je me fais mal en aidant un collègue, comment fait-on ?  S'il y a un accident de la route, comment ça marche ?
 
L'évolution dans l'agriculture, c'est l'informatique
Le métier d'agriculteur est un métier dur. Ma compagne s'est installée il y a un an et demi ; elle me dit chaque jour qu'elle ne pensait pas que c'était aussi compliqué, au plan administratif, décisionnel et technique. Elle me dit : « en fait tu gères une entreprise ». C'est pire qu'une entreprise parce qu'un patron d'entreprise fait du management, de la gestion, etc, alors que nous, nous devons être bon au niveau mécanique, technique pour savoir quand semer et quand récolter, ...
La DSN, la MSA en fait un plat mais ce n'est rien par rapport à d'autres déclarations (comme la PAC, ...). Pour moi, cela fait également partie de notre métier.
L'évolution, elle est là : savoir se servir d'un ordinateur, des réseaux sociaux, ... L'informatique en agriculture a vraiment commencé dans les années 2010. Quand j'ai commencé mes études, je n'avais même pas de mail. Aujourd'hui, je fais tout avec le téléphone : les déclarations télépac de mes bêtes,...
 
Se serrer les coudes pour survivre
En ce qui concerne le collectif, pendant 8 ans, j'étais aux JA, président du canton, administrateur, souvent en déplacement, ... Je me suis impliqué dans des mandats, car j'aime voir autre chose que mes vaches. Je me réinvestirai peut être plus tard, mais je n'en ai pas le temps maintenant. Je suis actuellement président cantonal MSA et président de la CUMA Cerdamont.
J'inviterai les gens à s'investir, que ce soit à la MSA, ou dans un autre mandat, dans tout ce qui peut toucher au monde agricole : s'investir dans le syndicalisme, dans la coopération, dans tout ... Nous sommes de moins en moins, si nous ne nous serrons pas les coudes, nous allons mourir. Or moins nous sommes et plus nous sommes égoïstes. Nous nous replions sur nous-mêmes.
La MSA est quelque chose à défendre, parce que c'est quelque chose propre à nous, au monde agricole. Nous restons encore maître de ça. C'est important. S'il n'y a plus d'agriculteurs, il n'y aura plus de MSA. C'est aussi comme ça. »